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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 11:35

Récit de Gaëlle qui a vécu 8 mois en Ouzbekistan. Ces lettres sont des e.mails qui racontent sa vie de tous les jours au pays des coupoles turquoise.

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Là-bas, j’ai fait sensation en arrivant : "Quoi, une jeune femme qui arrive avec Shavkat et ses amis proches pour venir chercher la fiancée !". Les traditions étaient bouleversées mais on m’a très bien acceptée, voire même accueillie en invitée de marque. Nous nous sommes donc installés "entre hommes" sur un kravat (et non pas une cravate, grand frère adoré) pour encore manger un plov (je dois signaler que j’en ai mangé trois ce jour-là...), boire de la vodka et du cognac ouzbek (ma foi, très honnête), porter des toasts, - Shavkat a tenu à ce que je dise un toast en tant qu’ex-femme (à part ses proches amis, tous les hommes de l’assemblée y ont cru) - et observer les jeunes filles danser autour de la future mariée.
Tant qu’elle est encore chez ses parents, la fiancée a le droit de montrer sa joie et son insouciance, car elle n’est alors entourée que de sa famille et des amis de sa famille qui la connaissent depuis qu’elle est enfant. Ce sera en arrivant chez ses beaux-parents qu’elle devra, le temps du mariage bien sûr, arrêter de sourire et de danser, se couvrir le visage d’un fin voile et montrer qu’elle est une jeune femme sérieuse et non plus une enfant. Ce qu’elle a effectivement fait.
Farhoud, l’autre guide germanophone (celui qui n’avait pas son passeport), a eu un succès fou auprès de ces fameuses jeunes filles. En pauvres montagnardes, certes belles et gentilles, mais ignorantes et naïves, elles ont sauté sur ce jeune et beau Samarcandais (Haaa, Samarkand, la ville, la vraie ! ) dès qu’il est allé danser avec elles.
Du coup, il est revenu en courant vers le kravat où nous étions tous en train de rire de sa timidité, complètement apeuré, pour me demander de venir danser avec lui. Farhoud est un garçon très occidentalisé et converti (comme Fourkad) à la religion protestante des Evangélistes et ça le rassurait d’avoir à ses côtés une Occidentale raisonnable. J’ai accepté et me suis retrouvée à danser à trois heures de l'après-midi sous un mûrier centenaire et dans une chaleur excédant les 45 degrés (je me suis renseignée après), sur de la pure musique tadjike traditionnelle et avec des jeunes filles qui imaginent à peine que la France existent.

Moments irréels, moments intemporels, mais du bonheur à l’état pur !

Nous sommes restés trois bonnes heures chez la fiancée, jusqu'à environ 5h00, entre le plov, la vodka, les danses et la chaleur, puis, en tant que témoins du marié, nous sommes allés assister au départ de la mariée de chez ses parents. C’est tout un cérémonial prévu d’avance.
Le marié s’est dirigée vers le père de la jeune fille et lui a officiellement demandé devant toute assemblée s’il pouvait emmener sa fille. Le père a accepté (bien évidemment, sinon il n’y aurait pas eu de mariage) et a demandé à son futur gendre de respecter sa future femme et de se considérer dès lors comme son fils. Ils se sont serrés dans les bras en une accolade d’affiliation et ont chacun enfilé un sorte de long manteau en velours. Le père venait de donner sa fille en mariage. Pas de signature, pas de maire, pas d’imam.
La jeune fille était encore habillée en robe traditionnelle et nous attendait en pleurant dans sa "pièce des robes" (j’ai déjà expliqué ce que c'était dans mon dernier mail). Nous sommes entrés, elle faisait une révérence respectueuse à chacun des amis de Shavkat. Il fallait qu’elle montre son affliction et sa peine de quitter sa famille et sa jeunesse, m’a-t-on expliqué. Puis elle est sortie de la pièce au bras de son mari et nous avons suivi le couple.
Elle s’est alors présentée devant son père et s’est jetée dans ses bras en pleurant à chaudes larmes et a fait la même chose avec tous ses frères, oncles et cousins (enfin j’ai supposé, car je ne connaissais pas le degré de parenté de chacun). Toutes les femmes de l'assemblée pleuraient également et, même, certains hommes (sûrement les frères). Les larmes étaient donc sincères même si c'était un cérémonial prévu d’avance. Je me suis moi-même surprise à avoir les yeux un peu humides. La mère de la mariée est venue me demander si j'étais russe et avait du mal à croire que je ne étais pas et que j'étais française.
Nous avons ensuite embarqué tous les ballots contenant les robes, les manteaux, les tapis, les coussins, les tentures de coton, les pièces de tissu en velours et en soie et quelques meubles dans un camion et nous nous sommes installés dans la remorque à ciel ouvert de ce même camion, pendant que les mariés montaient dans une belle volga blanche et décorée, fabriquée justement à deux pas de là où j’habitais à Moscou. C’est fou les coïncidences, n’est-ce pas ?
Il y a dix kilomètres entre chez les parents de la mariée et chez ceux du marié, mais nous avons mis plus d’une demi-heure pour faire le trajet, autant dire un enfer de chaleur aux heures les plus chaudes de la journée, trajet heureusement récompensé par la beauté époustouflante des montagnes.
En arrivant, je n’avais envie que d’une chose : une douche glacée. Liena a accepté de m’accompagner jusqu’à la rivière et nous sommes allées faire trempette toutes les deux pendant une petite heure. Après un peu de repos dans la pièce la plus fraîche de la maison (où il y avait un thermomètre qui indiquait 38 degrés à 6h00 du soir...), nous sommes allés nous préparer pour le vrai mariage qui s’est avéré être finalement le moins intéressant de la journée...
A part les danses, les différents discours (notamment celui d’Edik qui, au mépris de la politesse, a demandé à Shavkat que ce soit son dernier mariage, ce qui a, heureusement, fait rire tout le monde, les parents de la mariée compris), le succès affolant de Farhoud auprès des jeunes beautés de la région, son extrême timidité amusante, le repas était, en lui-même, banal. Avec le troisième plov de la journée... Mais c'était quand même très agréable. Je maîtrise maintenant avec brio la danse tadjike (ou ouzbèke car c’est presque la même).
Ce qui est également surprenant, c’est que lorsqu’on s’approche en dansant de la table d’honneur, les mariés doivent obligatoirement se lever tous les deux, le marié lève son verre en notre honneur et la mariée fait trois fois la révérence. Nous prenions donc un malin plaisir à venir régulièrement vers leur table.
Nous sommes ensuite tous les huit repartis pour Samarkand vers minuit, pour une deuxième nuit blanche consécutive, dans le minibus. Arrêts pastèques encore une fois, contrôles de l’armée également. Cette fois, nous avons pris nos précautions : à l’approche de chaque poste de contrôle, Farhoud se cachait sur le sol du minibus, sous les bagages. Nous avons été arrêtés trois fois au retour. Je n’ose imaginer l’issue de l’histoire si l’envie de fouiller le minibus était venue aux soldats...
J’ai ensuite passé la journée du lundi à dormir, sommeil entrecoupé par des pauses douche, déjeuner, goûter. Il m’a fallu encore deux jours pour récupérer complètement de ces deux nuits blanches consécutives.

Mais je ne regrette rien, c'était merveilleux, magique !! 

 J’ai été très bavarde, mais les mariages tadjiks dans les montagnes près de la frontière afghane ne se rencontrent pas tous les jours. Surtout le mariage d’un énergumène comme Shavkat...

Voila, ici s’achève le récit de mon mariage tadjik. Merci de votre attention.

Gros bisous a tous,

Votre Gagh

 

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commentaires

Fancri 01/05/2007 12:52

bonjour bon récit bises