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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 00:45

Récit de Gaëlle qui a vécu 8 mois en Ouzbekistan. Ces lettres sont des e.mails qui racontent sa vie de tous les jours au pays des coupoles turquoise.

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 Vendredi 13 juin 2003
Bonjour,
J’espère que vous allez tous bien et que vous n’avez pas trop chaud dans notre bonne vieille ville de Lyon, ville prolétaire, il ne faut pas l’oublier. D’ailleurs, le passage dans mon mass-mail, qui dit que Lyon est considérée comme une ville prolétaire par les Ouzbeks, a fait réagir pas mal de personnes.
En fait, je pense que c’est le climat social français actuel qui a fait réagir les gens. D’après ce que j’ai pu comprendre par les quelques mails que j’ai reçu de Cédric et de quelques copains et copines, c’est vraiment le bordel en France en ce moment, n’est-ce pas ?
Est-ce qu’il y a des grèves dans tous les corps de métier ou est-ce que ce sont seulement les corps de métier habituels qui font grève, c’est-à-dire SNCF, Air France, les routiers, le corps médical ?
Est-ce qu’il y a des pénuries d’essence et un excès de poubelles dans les rues ? Les routes qui sont barrées par les camionneurs et le courrier qui n’est plus distribué ?
Avez-vous bien fait des provisions de sucre et d’huile ? De sel et de pommes de terre ? De riz et de lait ?
Est-ce que vous pourriez me dire concrètement ce que ça change dans votre vie quotidienne. Peut-être rien du tout, après tout...
Ici, on peut dire que le climat social est toujours le même Rien de nouveau sous le soleil samarcandais ou plutôt, devrais-je dire, sous le climat continental samarcandais. Ici aussi, comme à Moscou, le temps peut, d’un jour à l’autre, passer aux deux extrêmes.

Rien de nouveau (du point de vue social) sous le soleil samarcandais ou plutôt, devrais-je dire, sous le climat continental samarcandais. Ici aussi, comme à Moscou, le temps peut, d’un jour à l’autre, passer aux deux extrêmes.

Mardi, mercredi et jeudi de la semaine dernière, il a fait très chaud, la température dépassant largement les 30 degrés, mais le pire était qu’il faisait lourd, c'était ça le plus insupportable. Heureusement, il y a la clim’ dans les bureaux (en fait, elle n’est que dans le bureau où je travaille, du coup, les employés qui travaillent dans les trois autres bureaux trouvent toujours un prétexte quelconque pour venir faire un tour dans notre bureau et prendre ainsi un brin de fraîcheur, c'est rigolo !).
Et puis, jeudi en fin après-midi, la journée avait été très lourde, et tout le monde attendait avec impatience cet orage qui tardait à venir et qui nous libérerait de cette atmosphère pesante. Enfin, une tempête de sable est arrivée, une lumière jaune, évocatrice d'un orage proche, s'est mise à luire et un orage violent, mais salvateur, a éclaté. Quel bonheur !
La journée du vendredi était encore lourde, mais un petit peu moins écrasante. Et c'est vendredi soir que nous avons eu un orage d'une violence que j'avais rarement vue (peut-être une fois au mois d'août, à Lyon, quand la foudre était tombée sur notre immeuble ou sur l'Eglise, nous n'avons jamais trop su...), il pleuvait des cordes (mais pas des petites cordes, des cordes d'escalade, style) et des éclairs gigantesques éclairaient le ciel noir de pluie.
Samedi, il a fait froid, la température est brusquement tombée à 15 degrés au plus, et nous avons tous ressorti les pulls. Quelle étrangeté de perdre plus de 15 degrés en 12 heures... Dimanche, le soleil était radieux et le ciel, d'un bleu profond, pouvait avoir la prétention de rivaliser avec les coupoles du Reghistan. Il a fait beau toute la semaine mais pas trop chaud, cool.
Samedi dernier, j'ai rencontré, par hasard, un couple de Français, dans un café internet. J'avais fini ma journée du samedi, il était 16h00, j'étais détendue et contente être enfin en week-end. Je me pose dans le café internet et je remarque un homme que je catalogue tout de suite comme touriste et que je pense être français, selon mon feeling. Cinq minutes plus tard, je vois passer une jeune femme dans la rue et je me fais la même réflexion "Elle ressemble à une Française". Ensuite, la femme rentre dans le café, arrive vers le type, et je les entends parler français Je les ai tout de suite abordés et nous nous sommes mis à discuter. Puis, nous sommes allés boire une bière ensemble. Comme vous voyez, on ne perd pas les bonnes vieilles habitudes de Français, un peu ivrognes, dès qu'on se retrouve entre concitoyens...
Ils sont hallucinants, ils viennent de faire la Turquie et l'Iran à vélo et ils continuent leur voyage en Ouzbékistan, à vélo également. Ils voulaient passer de l'Iran au Turkmenistan pour ne pas faire de coupure en avion, mais le Turkmenistan a fermé ses frontières à cause de la pneumonie atypique. Et oui, tel un bon pays dictatorial, le gouvernement du Turkmenistan est paranoïaque et pense que SARS (ou SRAS en français, je crois) va venir jusque chez lui.
Bref, ils sont arrivés à Tachkent par avion, ils viennent de faire Tachkent-Samarcande (300 km) en 4 jours, ils font une pause à Samarkand et vont repartir dans deux jours pour Boukhara (300 bornes dans un semi-désert), puis ils continueront par le Kirghizstan, par un bout de la Chine (Kachgar) et un bout du Pakistan (sûrement par la KKH, la Kara Koroum Highway, puisqu'elle est équipée ; c'est là-bas qu'il y a le plus haut col du monde desservi par une route goudronnée, à plus de 4700 mètres d'altitude) pour finir en Inde.
Ensuite, ils reprennent un avion pour la Thaïlande, vont jusqu'au Cambodge et au Vietnam (ou le contraire, je ne me souviens plus de ma géographie), passent par Singapour, la Malaisie et finissent leur trip en Indonésie.
Le pire est qu'ils sont parisiens et, quand je leur ai demandé s'ils avaient l'habitude de faire du vélo en montagne, Marc, le gars, m'a répondu en riant "Oui, on va à Montmartre parfois !"... Ils sont fous, le Kirghizstan est montagneux à 80 %, si ce n'est à 90 %. Ils vont passer par la KKH, qui est très dure, puis par ce fameux col, situé à 4733 mètres (pour être exacte), et ils n'ont jamais fait de vélo dans les Alpes !! Ils vont crever de fatigue.
Ils ont prévu de faire tout ça en un an. Ca fait déjà deux mois qu'ils sont partis (comme moi d'ailleurs) et ils ont tout de même déjà fait les montagnes de Turquie et d'Iran (qui ne sont pas du tout ridicules). Il leur reste 10 mois pour faire tout le reste, qui se composera, dès lors, de montagnes gigantesques et de jungle inextricable. Ca promet d'être charmant...
Il m'ont parlé d'un homme qui s'appelle Bernard Ollivier et qui est célèbre maintenant car il a écrit 3 livres "La Longue Marche" sur son voyage. Ils ont dormi dans un jardin d'enfant, vers Tachkent, où avait dormi ce fameux Bernard Ollivier. C'est un homme de plus de 60 ans qui a parcouru, à pieds et en trois fois, la distance entre Istanbul et Kachgar, ville située à l'extrême ouest de la Chine, vers la frontière entre la Chine, le Kirghizstan, le Tadjikistan, l'Afghanistan, le Pakistan et l'Inde, un carrefour étonnant de peuples, de langues, de cultures et de paysages magnifiques, une des Routes de la Soie les plus fascinantes. C'est dans cette région que se situent les plus hautes chaînes de montagnes du monde : le Pamir, le Kara Koroum, le Tien Shen (qui est un peu plus au nord) et l'Himalaya.
En fait, l'Himalaya est relativement ridicule à côté du Pamir et du Kara Koroum et ne doit sa notoriété qu'à la présence dans sa chaîne du plus haut sommet du monde (l'Everest, qui a d'ailleurs été conquis il y a 50 ans jour pour jour). Pour le reste, elle est beaucoup moins intéressante.
Je leur ai, à mon tour, parlé de Philippe Valery (dont j'ai fini de lire le livre "Par les Sentiers de la Soie" il y a une semaine) qui, lui, a parcouru à pied la distance entre Marseille ou, plus exactement, le stade Vélodrome de Marseille (en bon Marseillais qu'il est, il est fan de foot) et la ville de Kachgar également (décidément !), en passant par l'Italie, la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bulgarie, la Turquie, la Georgie, l'Arménie, l'Iran, le Turkmenistan, Ouzbékistan, le Tadjikistan, l'Afghanistan (quand les Talibans étaient encore au pouvoir, et il était sur les territoires de l'Alliance du Nord), le Pakistan et la Chine. A pied...
Il a mis deux ans. J'ai encore plein de ses récits fantastiques dans la tête. Merveilleux bouquin.
Claire, la nana du couple, avait entendu parler du bouquin. Finalement, on se rend compte qu'il y a plein de gens qui parcourent cette fameuse Route de la Soie, à pied ou à vélo Eux-mêmes ont rencontré, en Turquie, un autre couple de vélocipédistes et, en Iran, deux gars très sportifs qui font Paris-Pékin à vélo, mais le plus rapidement possible, sans prendre le temps de regarder le pays ni de parler aux gens. Un exploit sportif plus qu'un voyage.
Ils ont également rencontré, en Iran, un Français (Pascal) qui fait cette même route à moto. Il est d'ailleurs à Samarkand en ce moment et sa moto est en panne. Ils l'ont appris par hasard dans l'hôtel où ils ont logé la première nuit. Ils ont également rencontré un couple de jeunes gens qui voyagent plus classiquement, qui viennent de Termez en Iran et qui ont entendu parler là-bas de ce couple, Marc et Claire, qui font Istanbul-Djakarta à vélo et de Monsieur Pascal qui fait Paris-Pekin à moto.
Comme quoi, le monde est super petit, et c'est rigolo.
Je leur ai laissé mon numéro de portable et leur ai proposé de les guider le lendemain pour visiter un peu la ville, ça me faisait plaisir d'être avec des Français avec qui je pouvaient discuter sans être obligée de surveiller mon vocabulaire à chaque mot. Ils n'avaient pas de bouquin, pas de plan de la ville pour se repérer. Etant à vélo, ils ont réduit au maximum leurs bagages pour ne pas avoir trop de poids et se retrouvaient sans indications pour visiter la ville et tout ce qu'il y a de beau à voir. Je suis donc allée avec eux le lendemain, pendant toute l'après-midi sur le Reghistan et le Gour Emir bien évidemment ! Le soir, nous avons mangé au resto Oasis (où je suis d'ailleurs déjà allée manger avec papa et maman), un restaurant en plein air, situé près de l'amphithéâtre où j'avais vu le concert de la star ouzbèke.
Ils logeaient ensuite chez une femme qu'ils avaient rencontrée par hasard dans la rue, une femme riche dont le mari est médecin aux Etats-Unis et qui refuse d'aller en France parce qu'elle croit que les Juifs et les Blacks, là-bas, arrachent les yeux et le coeur des enfants pour les vendre ensuite aux hôpitaux. Ce genre de personne est un peu navrante par sa naïveté... Sinon, entre deux villes, Marc et Claire, dorment sous leur tente. De vrais baroudeurs ! Ils ont un budget de 8 dollars (ou euros) par jour et par personne pour toute la durée de leur voyage.
Pour information, ils ont un site qu'ils alimentent régulièrement (quand ils peuvent) en photos et en texte racontant leurs aventures : www.asierouelibre.org. Vous y verrez d’ailleurs ma trombine avec eux, devant le Reghistan.

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commentaires

chriscraft_ 24/04/2007 22:07

bonne soirée à toi, et tu sais si tu veux y a aussi nomadsheep dont le lien est sur mon blog qui fait le tour du monde en vélo.
 ils ont beaucoup apprécié l'asie les bols de nouilles à 20 centimes etc
 

Fancri 24/04/2007 07:15

Bonjour à vous bises